09 Mar/17

Juge

Juge – Mot du jour - EVS Translations
Juge – Mot du jour – EVS Translations

En langue anglaise, les mots juge et jugement ont une connotation négative. Que l’on soit jugé ou enclin à juger d’un point de vue excessivement critique, cette situation n’a rien de plaisant. Un jugement ne doit quant à lui pas nécessairement donner matière à s’inquiéter, en ce qu’il s’agit de la capacité à se forger une opinion en se basant sur des pensées, des sentiments ou des preuves.

Pour ce qui est des jugements de justice, ce sont des juges qui sont appelés à se prononcer sur un sujet précis en se basant sur leur interprétation du droit et, dans certaines juridictions, sur leur jugement personnel.

Les juges et les jugements modernes sont le fruit d’un millénaire d’évolution juridique. La première forme de procès anglo-saxon fut l’ordalie, qui consistait à soumettre les plaidants à des épreuves douloureuses et dangereuses, comme le fait de porter une barre de fer rouge ou de plonger les mains dans de l’eau bouillante. La vitesse à laquelle ils guérissaient permettait de déterminer leur innocence ou leur culpabilité. S’ils étaient innocents, Dieu les guérissait en quelques jours. L’ordalie fut finalement interdite par le roi Guillaume II et condamnée par l’Église en 1216.

Tandis que le roi restait le principal législateur, l’interprétation du droit était confiée aux juges (membres de la famille royale, hommes du clergé, chevaliers et sergents).

Au même titre que les magistrats, le mot juge existe depuis longtemps en langue anglaise. Ce terme fit son apparition dans des sources anglo-normandes et françaises, aux environs du XIIe siècle, pour remplacer le mot deme, issu du haut allemand, jusqu’alors utilisé pour désigner un juge, un arbitre. Au début, le mot faisait référence à Dieu dans son rôle d’arbitre suprême au moment du Jugement dernier et l’utilisation de la majuscule avait le sens juif historique de chef d’armée en période de trouble. Juge a une origine latine. Il vient de iudicem, composé de ius, « droit », et de dicere, « dire », qui signifie « dire le droit ».

C’est dans la Bible de Wycliffe, vers 1384, que le mot juge fut utilisé pour la première fois avec le sens de magistrat chargé d’appliquer les lois et de rendre la justice dans un tribunal. En 1533, alors qu’Henri VIII s’efforçait de révolutionner l’ordre politique établi en modifiant l’équilibre des pouvoirs entre l’Église et l’État, les premières critiques virulentes dénonçant les failles du droit (common law) et des juges du Moyen Âge apparurent dans The debellacyon of Salem and Bizance de Thomas More.

En dehors du contexte légal, ce mot a autorisé tout un chacun à prononcer des jugements s’il l’estimait nécessaire, qu’il soit invité à le faire ou pas. L’expression to be the judge of someone est apparue pour la première fois en 1556 dans An Answer unto Craftie & Sophisticall Cauillation de Thomas Cranmer : « Let the reader be the judge, what a wonderful diversity it is » (« laissons le lecteur juger de la merveilleuse diversité que cela représente »).

Naturellement, nous sommes tous des juges complexes, prêchant le Nemo judex in causa sua (nul n’est juge en sa propre cause), mais jugeant tous les autres. D’après une étude, nous formulons pas moins de 11 jugements différents sur une personne au cours des sept premières secondes de notre première rencontre. Ces préjugés concernent leur intelligence, leur statut social, leur éducation, leur compétence et leur fiabilité.