10.09.2015
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Samovar – Mot du jour

Qu’on le veuille ou non, le café n’a jamais réussi à avoir l’élégance du thé : tandis que le café est ce que l’on boit pour commencer sa journée ou autour duquel on discute des affaires courantes, le thé a toujours été un évènement en soi. La mystique et le faste qui entourent sa préparation ont contribué à faire du thé ce qu’il est aujourd’hui. En effet, au Royaume-Uni, il y a quelque chose de très raffiné dans le thé, sans parler de la cérémonie immémoriale du thé japonaise. Le mot du jour va nous permettre de nous intéresser à la splendeur du thé du point de vue très russe du samovar.

Pour ceux qui l’ignorent, un samovar est un ustensile utilisé pour faire bouillir de l’eau, traditionnellement pour le thé. Concernant son origine, notre mot a deux sources potentielles : la première, et la plus évidente, est celle des mots russes sam (soi-même) et varit (bouillir), bien qu’il ait également pu être emprunté au mot tartare sanabar signifiant « fontaine à thé ». Si la plupart des samovars d’aujourd’hui sont aussi bien connus pour la beauté de leur forme et de leurs ornements que pour leur fonctionnalité, cet ustensile existe depuis plus de trois mille ans dans la région du Caucase et en Chine.

Au-delà du mot lui-même et de son histoire, ce sont les Russes qui ont fait d’une simple bouilloire un objet spécial. Initialement fabriqués par les frères Lisitsyn à Toula dans les années 1770, les samovars nécessitaient initialement 12 étapes de production, dont certaines employaient parfois à elles-seules des villages entiers. Dès le début, les samovars de Toula ont été un des premiers « appareils ménagers » les plus recherchés de Russie, offrant un lieu de rassemblement pour se détendre, savourer une tasse de thé et discuter. Leur popularité a même inspiré le proverbe « В Ту́лу со свои́м самова́ром не е́здят » qui signifie : « Ne va pas à Toula avec ton samovar ». Aujourd’hui, dans les maisons russes, notamment pendant les vacances, les samovars trônent souvent au centre de la table, en hommage aux générations passées et en signe d’hospitalité.

C’est dans A New Voyage Round the World in the Years 1823–1826 (1830) d’Otto von Kotzebue que l’on trouve la première apparition en anglais du mot samovar, où il expliquait l’utilisation et l’emplacement typique de cet ustensile : « A Samovar, or self-boiler generally stands in the middle of the tea-table » (« Le samovar, qui bout tout seul, se trouve généralement au centre de la table pour le thé »). Complétant cette définition un demi-siècle plus tard (1882), la Pall Mall Gazette de Londres expliquait le fonctionnement du samovar, bien avant l’utilisation répandue de l’électricité et donc des samovars électriques : « The samovar is a tea-kettle which has its fire in a tube running through it, and which, with a few pieces of lighted charcoal dropped into the tube, maintains the water at boiling point with a minimum of evaporation » (« Le samovar est une bouilloire traversée par un tube chauffé qui, grâce à quelques bouts de charbons déposés dans ce tube, fait bouillir l’eau avec un minimum d’évaporation »).

Que ce soit pour son utilisation ou simplement pour l’esthétique de ses ornements délicatement peints à la main, le samovar occupe une place importante dans le monde raffiné, distingué et élégant du thé.